LePhoto théâtre cada jeudi 20 février, dans le cadre de leur travail de création autour du texte Eldorado de Laurent Gaudé, les élèves de l’option théâtre ont rencontré des migrantes hébergées au CADA de Sommières du Clain, près de Gençay*.

Cinq femmes sont venues au lycée pour échanger avec nous sur leurs parcours singuliers, leurs doutes, leurs espoirs. Fatoumata, Mara, Gundoba et Marina se sont d’abord présentées. Ressortissantes du Congo, de Guinée, de Tchétchénie et de Syrie, elles nous ont parlé de la situation tendue dans leurs pays, notamment vis à vis des femmes, de leur courage, de leur confiance et de leur souhait de paix retrouvée. Ensuite, Christelle, la responsable, nous a expliqué les démarches administratives longues et difficiles à mettre en œuvre dans le cas d’une demande d’asile.

Des démarches lourdes pour les demandeurs.

Lorsqu'ils arrivent dans le pays, on relève les empreintes, des demandeurs afin de vérifier qu’une requête n’a pas été introduite ailleurs. Ils doivent alors remplir un dossier et y raconter leur histoire dans les moindres détails. Tout est passé au crible et les questions qu’on leur pose sont très précises : il faut absolument que les raisons de leur départ figurent dans la convention de Genève, sans quoi, ils n’obtiendraient pas le statut de demandeurs d’asile. Après examen minutieux de leurs dossiers, ils reçoivent officiellement une réponse sous 21 jours. « Mais il faut bien dire que la réalité est tout autre, a précisé Christelle, certaines familles attendent leurs réponses pendant des années, sans savoir si elles doivent partir ou si elles peuvent rester, ce qui est très anxiogène ». Pendant toute la durée de l’instruction, les demandeurs n’ont pas le droit de travailler, ce qui est très pénible pour eux ; ils ne peuvent le faire que s’ils reçoivent une réponse positive. Ils obtiendront alors un nouveau délai de 3 mois pour réintroduire une demande d'asile en France. Si la réponse est négative, ils ont un mois pour quitter le sol français, sachant qu’ils peuvent faire appel de cet avis et se rendre à Paris pour une audience, la plupart du temps publique.

 

Des échanges forts et émouvants.

Les présentations faites, nous avons chanté tous ensemble en compagnie d’Aurélie et Sophie des Goules Poly, ce qui a détendu l’atmosphère et nous a rapproché. Puis, la discussion a commencé. Nous avions tous préparé des questions, mais devant la force et le sourire de ces femmes, nous les avons rangées pour privilégier l’écoute et le dialogue. «Est-ce difficile de quitter son pays ?», « Avec quoi êtes-vous parties ? », « Quel a été votre trajet pour arriver jusqu’ici ? », « Comment avez-vous été accueillies en France ? », « Quels sont vos projets, vos espoirs ? ». Marina, venant d’un pays de l’Est, nous a dit que tout se passait bien « avant », que sa famille était heureuse, qu’ils vivaient bien dans le confort avant l’arrivée du « problème ». Ensuite, elle a dû fuir...depuis, ce sont les nuits blanches, les angoisses, la peur de devoir retourner là-bas. Les africaines, Fatoumata et Gundoba, nous ont parlé de leurs mariages forcés à 12 ans avec des hommes âgés et polygames ; des femmes battues, une norme, là-bas ; de la mutilation physique souvent mortelle que représente l’excision. Mara, la Syrienne, a évoqué le ghetto palestinien dans lequel elle est née, de sa fuite la nuit, tenant son bébé dans les bras, priant pour ne pas qu’il pleure et qu’elle soit repérée.

Pour toutes, nous avons compris qu’il s’agissait de survie et qu’elles étaient en danger de mort si elles restaient dans leurs pays. Plusieurs d’entre elles ont dû, dès leur arrivée en France et après un voyage éprouvant, dormir dans la rue alors qu’elles étaient enceintes. Dans des parkings ou des lieux un peu protégés car les places en hébergement d’accueil sont chères...il n’y en a pas pour tout le monde « On nous prévient au jour le jour, à 16h30 nous savons si nous aurons un lit pour la nuit, et le lendemain, ça recommence.». Christelle nous a aussi appris qu’à Poitiers aujourd’hui, chaque nuit, deux-cents cinquante personnes en demande d’asile dorment dehors.

 

En fin de compte, en écoutant ces femmes et en apprenant sur leurs parcours difficile, un parcours de survie, nous avons été confrontés à une réalité dont on nous parle aux infos, mais une réalité de souffrance humaine avant d’être politique, qui nous a permis de prendre vraiment la mesure de la chance que nous avions de pouvoir vivre et grandir librement ici.

 

* CADA : Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile fondé en 2003 en France, géré par la Croix Rouge, ouvert en 2005 à Sommières du Clain. Aujourd’hui le foyer accueille 12 familles et a introduit une demande pour avoir une capacité élargie de 60 places.